Comprendre la fragilité de la mémoire attentionnelle

Pourquoi naissent les troubles dans la relation avec une personne atteinte d’Alzheimer ?

Lorsqu’on accompagne une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer, certaines situations paraissent incompréhensibles :un objet visible mais qu’elle ne voit pas, une consigne claire mais qu’elle n’entend pas, un souvenir tout juste vécu qui semble s’effacer aussitôt.


Notre premier réflexe est souvent de penser à un oubli.

Pourtant, dans bien des cas, l’oubli n’est pas en cause.

Le problème est plus en amont : c'est l'attention qui a flanché.


La mémoire n'a pas "oublié" ce qui n'a jamais été capté.

Essayons de comprendre:

- Pourquoi l’attention est la première porte d’entrée de la mémoire,

- Comment une difficulté d’attention transforme la relation,

- Pourquoi il est fondamental de comprendre que ce que vous ne remarquez pas… n’existe pas.

Le cerveau humain est une formidable machine à traiter l'information.

Chaque seconde, des milliers de stimuli sensoriels nous bombardent : images, sons, mouvements, odeurs, émotions...

Mais tout ne peut pas être traité consciemment.

C’est notre attention qui agit comme un filtre :

Quand j'oriente mon attention vers... cela existe pour moi.

Ce que je ne perçoit pas... n'existe pas dans ma conscience.


L'ATTENTION, CLÉ DE L'EXISTENCE

L’attention précède la mémoire.

- Sans attention, pas de souvenir.

- Sans perception initiale, pas d’encodage possible.


Chez une personne atteinte d’Alzheimer, ce filtre devient fragile :

- L'attention se fragmente : elle peut être absorbée par un détail et manquer l'essentiel.

- L'attention s'épuise rapidement : écouter une phrase entière devient un effort.

- L'attention se détourne facilement : un bruit, un mouvement suffisent à interrompre la réception.


Ainsi, lorsqu'on dit :

"Mais regarde, ton verre est juste là !"

→ Peut-être que son regard ne s’est jamais réellement posé dessus.

"Je viens de te le dire !"

→ Peut-être que votre parole a glissé sur elle, sans être captée.


Ce n'est pas que la personne oublie.

C'est qu'elle n'a jamais vraiment vu, entendu ou ressenti l'information.

QUELLES CONSÉQUENCES DANS LA RELATION ?

Cette fragilité attentionnelle a de nombreuses répercussions invisibles dans la relation :

- Des malentendus fréquents : nous croyons que la personne "fait exprès", "n'écoute pas", "ne fait pas attention", alors qu'elle est simplement submergée ou incapable de fixer son attention.

- Des frustrations réciproques : 

      Nous, parce que nous répétons sans cesse ;

      Elle, parce qu’elle sent qu’on lui reproche quelque chose qu’elle ne maîtrise plus.

- Un risque de jugement injuste : Dire "elle oublie tout" est inexact. Souvent, elle ne reçoit pas l'information, il est donc normal qu'elle ne puisse la restituer.

- Un éloignement affectif : Face aux répétitions et aux tensions, la personne malade peut se refermer sur elle-même, se décourager, perdre confiance.


Comprendre la fragilité attentionnelle, c'est éviter de tomber dans ces pièges.

Cela invite à :

- Changer nos attentes,

- Modifier notre communication,

- Développer une plus grande tolérance aux répétitions,

- Construire un climat plus serein et plus respectueux.

Une patience et une douceur à cultiver.

Face à la fragilité de l'attention, nous pouvons agir concrètement pour rendre la communication plus accessible.


1. Parler lentement, clairement, simplement. Utiliser des phrases courtes. Ne pas donner plusieurs informations à la fois. Faire une seule demande à la fois.

2. Vérifier l’attention avant de transmettre une information. S’assurer que la personne vous regarde ou manifeste des signes d’écoute avant de parler. Ne pas parler en marchant, en tournant le dos, en étant à distance.

3. Multiplier les canaux de communication. Associer paroles et gestes simples. Utiliser des repères visuels pour soutenir l’attention (montrer du doigt, utiliser des objets familiers).

4. Respecter son rythme. Laisser du temps pour traiter l’information. Ne pas presser, ne pas insister trop vite.

5. Accepter les oublis et recommencer sans reproche. Comprendre que répéter n’est pas une perte de temps. Voir chaque répétition comme une nouvelle tentative de lien, et non comme une provocation ou une faiblesse.

En conclusion

Accompagner une personne atteinte d’Alzheimer, ce n’est pas seulement l'aider à se souvenir. C’est avant tout s'assurer qu'elle a pu capter l’essentiel.


C’est accepter que parfois, malgré toute notre bonne volonté :


Un objet n'existe pas s'il n'a pas été vu.


Une parole n'existe pas si elle n'a pas été entendue.


Un moment partagé n'existe pas s'il n'a pas été perçu.


Accompagner, c’est se placer au rythme de leur attention, respecter leurs fragilités, et rester présent à leurs côtés, sans reproche ni impatience.


Parce qu’au fond… "Ce que vous ne remarquez pas n’existe pas."


Et dans la maladie, le plus précieux n'est pas ce qui est retenu, c'est ce qui est vécu ensemble.

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Date de mise à jour des informations: 01 mai 2026