COMPRENDRE LA QUESTION DU NIVEAU DE COMPÉTENCE.

Lors de mes conférences et formations, je propose souvent une démonstration de "mémoire prodigieuse".


À l'issue de cette démonstration, les réactions sont presque toujours les mêmes :

- "Waouh, tu es trop fort !"

- "Moi, je serais incapable de faire ça…"


Deux réactions opposées, mais qui racontent en réalité la même chose : La différence de niveau de compétence perçue, et la manière dont nous situons inconsciemment la "norme", ou "moyenne" de compétence.

L'évaluation Invisible

Où plaçons-nous la norme?


Que nous en ayons conscience ou non, chacun de nous évalue spontanément ce qui l'entoure à l’aide d’une norme implicite.


Cette norme agit comme une sorte de règle invisible, une échelle de mesure personnelle et sociale que nous appliquons à ce que nous voyons, entendons, expérimentons. 


Elle nous aide à situer les autres... mais aussi à nous situer nous-mêmes.


Revenons sur mon exemple:

"Tu es trop fort !"

→ Pourquoi ? Parce qu’ils comparent ma performance à leur propre norme, qu’ils estiment être la norme générale.

Ma mémoire semble "hors du commun", je suis donc perçu comme exceptionnel.


"Moi, je serais incapable de faire ça..."

→ Pourquoi ? Parce qu’après avoir vu ce que je suis capable de faire, ils déplacent la

norme vers moi.

Ma performance devient la référence, et par contraste, ils se sentent en échec.

Autrement dit : la même action peut produire admiration ou découragement.

Tout dépend d’où se situe la barre, la fameuse "moyenne attendue".

Quand l'évaluation devient jugement

Ce qui est fascinant (et parfois cruel), c’est que le sentiment d’infériorité, de frustration ou d’échec ne naît pas toujours d’une comparaison consciente, ni même d’un véritable écart de compétence.


Il vient du déplacement silencieux de la norme

intérieure.


Quand la “norme” est fixée au niveau de mes capacités, dans l'exemple de la démonstration de mémoire,  les autres peuvent se sentir "nuls" alors qu’ils sont, en réalité, parfaitement compétents dans le cadre d’une “norme” classique.


Le problème ne vient donc pas de leur performance réelle, mais de leur perception relative.


Ce mécanisme se joue en permanence dans les relations humaines, et il est encore plus

fort quand une différence de capacités s’installe durablement, comme dans le cas des

maladies neurodégénératives.


Dans la relation avec une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer, si nous continuons à évaluer ses comportements avec nos propres repères, le décalage est immense, et les sentiments de frustration, d’impatience ou de rejet apparaissent inévitablement.


Mais si nous acceptons de déplacer la norme vers ses capacités actuelles, alors le regard change.


Ce n’est plus

- "Elle ne fait pas assez bien",

c’est

- "Elle fait au mieux avec ce qu’elle a aujourd’hui".


Et ce simple changement d’échelle… transforme toute la relation.

Une histoire vécue

À l’issue d’une conférence, une participante est venue me confier une scène marquante qu’elle avait vécue.


"Un jour, je me suis énervée contre ma mère atteinte de la maladie d'Alzheimer. Je lui ai dit :

'Mais enfin, tu oublies tout, c'est pas possible !'

Et là, elle m’a répondu, très calmement :

'Le problème ne vient pas de moi, mais de toi, parce que toi, tu retiens tout.'"


À travers cette réponse, cette maman exprime quelque chose de fondamental :

Son monde n'est plus celui de sa fille.


Elle ne se définit plus par rapport aux compétences attendues d'une "mémoire normale". 

Elle a réajusté sa propre norme intérieure.


Pour elle, le problème vient du regard extérieur, qui continue à exiger une performance qu'elle-même n'est plus en mesure de fournir.


En d'autres termes :

"Je fais ce que je peux avec ce que je suis aujourd'hui. C’est ton regard, resté fixé sur ce que tu es toi, qui génère le malaise, pas ma réalité."

Ce qu'il faut comprendre

La naissance du trouble relationnel ne vient pas uniquement de la maladie elle-même.

Elle vient souvent de l'écart entre la compétence attendue et la compétence réelle.

- Quand nous fixons la norme à notre niveau, nous faisons apparaître le manque chez l’autre.

- Quand nous adaptons la norme au niveau réel de l’autre, la relation se pacifie.


Il ne s'agit pas d’excuser les oublis ou de renoncer à toute exigence, mais de changer de

lunettes : regarder l’autre depuis son propre monde, non depuis le nôtre.


En conclusion

Accompagner une personne atteinte d'Alzheimer, c’est :

- Renoncer à comparer,

- Ajuster nos attentes à ses capacités actuelles,

- Respecter son rythme, ses oublis, ses réalités,

- Entrer dans son monde, plutôt que de lui imposer le nôtre.


C’est dans ce mouvement que naît une relation plus apaisée, plus juste, plus humaine.

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Stéphane Molitor, gérant et formateur de Eurl Formation Recherche Réalisation 

28 la chaussée Brunehaut, 59138 Hargnies

Téléphone: 0628713046    Mail:  [email protected]



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Date de mise à jour des informations: 01 mai 2026