Comprendre le sens de la déambulation diurne et nocturne

Parmi les comportements qui déroutent le plus l’entourage, la déambulation tient une place particulière.

Ces allers-retours incessants dans la maison, ces marches nocturnes, ces départs répétés vers un "ailleurs" difficile à définir.


- Pourquoi marche-t-elle sans but apparent ?

- Pourquoi se lève-t-il au beau milieu de la nuit pour errer dans le couloir ?


La tentation est grande d’y voir un trouble pur et simple.

Un "comportement problème" qu'il faudrait à tout prix arrêter.


Et si, au contraire, la déambulation était une réponse ?

Un besoin profond que les mots ne peuvent plus exprimer.


Dans cette article  je vous propose de comprendre :

- Ce que cache la déambulation diurne et nocturne,

- Pourquoi y répondre demande un changement de regard,

- Comment accompagner sans enfermer.

LA DÉAMBULATION, UN LANGAGE SILENCIEUX

Marcher n'est pas forcément fuir.

Marcher, c’est exister.


La déambulation exprime souvent un besoin profond :

- Besoin d'agir : rester immobile devient angoissant.

- Besoin de retrouver un lieu, un moment, une sécurité perdue.

- Besoin de se rassurer en suivant un mouvement connu.

- Besoin de répondre à une angoisse intérieure que les mots ne suffisent plus à apaiser.


Le jour, la déambulation peut :

Traduire une recherche de repères, Être une manière d’occuper l’espace pour donner un sens à la journée, Marquer l’ennui, l’anxiété, ou la recherche d’un lieu sécurisé.


La nuit, elle peut :

Révéler des troubles du rythme veille-sommeil, Être le reflet d’une confusion temporelle : la personne pense que le jour commence, Exprimer un besoin d'aller quelque part, sans pouvoir l'expliquer.

LA DÉAMBULATION, UN BESOIN VITAL

La déambulation n’est pas seulement l’expression d’une angoisse ou d’une recherche affective.

Elle pourrait aussi répondre à un besoin physiologique profond.


En effet, il existe une hypothèse intéressante en médecine : le rôle de la semelle de Lejars.

La plante des pieds agit comme une véritable pompe naturelle : à chaque pas, la pression sur le sol facilite le retour du sang veineux vers le cœur… et donc vers le cerveau.


Avec l’âge, et particulièrement dans la maladie d'Alzheimer, la circulation sanguine est souvent ralentie.

Le cerveau, pour maintenir son oxygénation, pourrait inconsciemment inciter au mouvement, comme une tentative biologique de s'auto-réguler.


Se lever, marcher, déambuler… serait alors,

au moins en partie, une réponse corporelle à un besoin d'oxygénation cérébrale.


Bien que cette explication reste hypothétique (peu d’études formelles l'ont directement démontrée), elle éclaire d'une manière nouvelle la déambulation.


Elle nous invite à ne pas seulement voir des "troubles du comportement", mais aussi des tentatives vitales d’équilibre, souvent invisibles à nos yeux.


La déambulation n’est pas un caprice.

C’est une tentative.

Une tentative de vivre, d’agir, d’apaiser une angoisse.

QUELLES CONSÉQUENCES DANS LA RELATION ?

Quand on ne comprend pas la déambulation, on peut facilement :

- Se sentir exaspéré par ces mouvements incessants,

- Chercher à bloquer, contraindre, interdire,

- Augmenter l’angoisse en tentant d'imposer l'immobilité,

- Entrer dans des conflits inutiles : "Mais enfin, où veux-tu aller ? Reste tranquille !"


Chaque interdiction, chaque obstacle physique (verrou, barrage) peut aggraver :

- Le stress de la personne,

- Sa sensation d’être piégée,

- Le risque d'agitation, voire de fugue.


À l’inverse, changer de regard permet de :

- Voir la marche comme un besoin vital d'expression,

- Chercher à comprendre ce qui anime ce mouvement,

- Trouver des solutions respectueuses pour canaliser sans enfermer.


La relation ne repose plus alors sur le contrôle…

Mais sur l'accompagnement du besoin.

Un changement de regard

Voici quelques repères concrets pour accompagner la déambulation avec bienveillance :

1. Observer sans juger.

À quel moment la déambulation survient-elle ? Quels événements semblent la déclencher (fatigue, bruit, faim, solitude) ?

2. Sécuriser l’environnement.

Aménager des parcours sûrs et sans obstacle. Installer des repères visuels clairs (éclairages doux la nuit, chemins libres le jour).Préférer la prévention (chemins ouverts) plutôt que les blocages (portes fermées).

3. Valider le besoin d'agir.

Ne pas imposer l'immobilité. Proposer de marcher ensemble ("Allons faire quelques pas..."),  transformer la marche en activité partagée.

4. Répondre aux besoins sous-jacents.

S’il y a anxiété : rassurer par la présence, les gestes, le regard. S’il y a recherche d’un lieu : évoquer des souvenirs liés à la maison, reformuler sans contredire.

5. La nuit, adapter plutôt que lutter.

S'assurer que l'environnement est calme, sécurisant, peu éclairé. Rediriger doucement ("Viens, on va se reposer un peu ici...") plutôt que forcer un retour immédiat au lit.


Marcher, c’est parfois leur dernier moyen de dire : "J’existe. Je ressens. J’ai besoin."


Accompagner la déambulation, c’est avant tout :

- Comprendre qu’il y a un sens caché derrière les pas.

- Accepter que parfois, le chemin importe plus que la destination.

- Transformer notre impatience en présence.


La déambulation n’est pas un trouble qu’il faudrait éradiquer. C’est un langage du corps, une quête silencieuse d’apaisement, d'existence, de sécurité.


Accompagner, ce n’est pas immobiliser. C’est marcher à leurs côtés, parfois sans savoir où ils vont.


Mais en étant sûrs d’une chose :

Tant qu’ils marchent, ils cherchent encore à vivre.

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Stéphane Molitor, gérant et formateur de Eurl Formation Recherche Réalisation 

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Date de mise à jour des informations: 01 mai 2026