Dans l’accompagnement des personnes malades, une question revient souvent, parfois à voix haute, parfois en silence:
Pourquoi certains comportements persistent, malgré tout ce que l’on met en place?
Et à l’inverse:
Pourquoi certaines propositions, pourtant bienveillantes et réfléchies, ne prennent pas, ou disparaissent aussi vite qu’elles sont apparues?
On parle alors d’opposition, de refus, de manque d’adhésion, voire de “mauvaises habitudes”.
Mais derrière ces mots se cache une réalité plus subtile.
Car chez une personne malade, une habitude n’est jamais anodine.
Elle est rarement là par hasard.
Elle s’inscrit souvent comme une réponse, parfois fragile, parfois rigide, à un monde devenu incertain.
Comprendre pourquoi certaines habitudes s’enracinent… et pourquoi d’autres s’évanouissent, ce n’est pas chercher à corriger un comportement.
C’est tenter de lire ce qu’il raconte.
Faire sens
Nous avons tous déjà fait cette expérience.
Une habitude que l’on essaie d’installer, avec de la bonne volonté, de la motivation, parfois même des rappels… et qui disparaît en quelques jours.
À l’inverse, d’autres comportements s’installent presque malgré nous, deviennent automatiques, solides, difficiles à déloger.
On parle souvent de motivation, de discipline ou de volonté.
Mais ces mots expliquent rarement ce qui se joue réellement.
Car une habitude ne s’ancre pas parce qu’elle est “bonne”.
Elle s’ancre parce qu’elle fait sens pour le système qui la produit.
Une habitude n’est pas une décision répétée
Une erreur fréquente consiste à croire qu’une habitude est une décision que l’on répète assez longtemps pour qu’elle devienne automatique.
En réalité, c’est souvent l’inverse.
L’habitude apparaît quand le cerveau trouve une économie, une sécurité ou une cohérence.
Elle devient alors une réponse fiable à une situation donnée.
Si cette réponse apporte un apaisement, une prévisibilité ou une réduction de l’effort, elle a toutes les chances de se maintenir.
Même si, extérieurement, elle semble contre-productive.
Ce qui s’enracine… répond à quelque chose
Une habitude persistante répond presque toujours à un besoin, parfois invisible:
- besoin de contrôle
- besoin de sécurité
- besoin de reconnaissance
- besoin d’éviter une surcharge
- besoin de réduire l’incertitude
Tant que ce besoin reste actif, l’habitude tient bon.
Même si on tente de la remplacer par quelque chose de plus “logique” ou de plus “adapté”.
À l’inverse, une nouvelle habitude qui ne répond à aucun besoin réel, ou qui entre en conflit avec un besoin existant, a peu de chances de durer.
Pourquoi certaines habitudes “s’évanouissent”
Lorsqu’une habitude ne prend pas, ce n’est pas forcément un échec.
C’est souvent un signal.
Le signal que:
- le moment n’est pas le bon
- le contexte n’est pas favorable
- l’effort demandé dépasse le bénéfice perçu
ou que le changement proposé menace un équilibre interne
Le cerveau n’abandonne pas une habitude par manque de volonté.
Il l’abandonne parce qu’elle coûte plus qu’elle ne rapporte.
Observer avant de corriger
Dans l’accompagnement, cette grille de lecture change profondément la posture.
Plutôt que de chercher à supprimer une habitude, il devient plus pertinent de se demander:
- À quoi sert-elle aujourd’hui?
- Que permet-elle d’éviter?
- Que protège-t-elle?
Une habitude n’est pas un problème en soi.
Elle est souvent une solution devenue rigide.
Chercher à la faire disparaître sans comprendre sa fonction revient à retirer une béquille sans vérifier si la jambe peut porter le poids.
Et si l’objectif n’était pas de changer vite… mais de changer juste?
Certaines habitudes s’enracinent lentement, presque silencieusement.
Elles s’installent quand le contexte, le sens et le rythme sont alignés.
D’autres disparaissent non pas parce qu’on les combat, mais parce qu’elles n’ont plus de raison d’exister.
Changer une habitude, ce n’est pas forcer un comportement.
C’est souvent modifier les conditions qui la rendent nécessaire.
Petite question :
Quelle habitude que nous jugeons “inutile” aujourd’hui était, à un moment donné, une vraie solution?